• Le retour du rock à guitares qu'ils disent…

    C'est finalement assez logique qu'un beau pays bien policé et un peu chiant comme la Suède n'inspire que des groupes qui castagnent. Clawfinger, Hellacopters, The (International) Noise Consipracy, Entombed. Pas de chiqué, pas de postures, que du taquet, du "à burnes" avec l'aiguille du Vumètre collée dans le rouge. Scandinaves ils sont, ce qui, pour un D.A de major pourrait tout aussi bien vouloir dire Martiens. C'est ce qui nous les met irrémédiablement à distance du business du disque. Donc tout seuls, dans leur petit coin, ils font leur vie. Ils montent au charbon, s'assument, et envoient la purée assidûment. Ils ont l'attitude, le talent, et l'envie. Donc ça marche.

    De toute cette bande, The Hives est peut-être le plus symptomatique. Une poignée d'E.P cradingues vite envoyés entre 95 et 97, hâtivement rassemblés sur un vrai faux album compile – Barely Legal –, pour aboutir en 2000 à Veni, Vidi, Vicious. Un L.P péremptoire, éruptif, douze titres tout en barrés tournant à deux minutes de moyenne. Râpeux, brut, bien carré dans les coins, du Garage s'il en fût, en tout cas comme on n'en avait pas entendu depuis longtemps, amoureusement torché dans un bouillon braillant. Cinq gars plutôt moches, qui ne ressemblent vraiment à rien, pas décoratifs pour deux ronds mais intraitables sur le dress-code. Costards et chemises noirs avec cravates et creepers blanches (kinky boots tolérées), instruments rigoureusement blancs : en deux mots la classe totale.

    Evidemment un tapage pareil ça vous réveille même le moins doué des cochons truffiers. La grosse machine à vendre de la musique a donc fini par pointer le bout du groin, ce qui explique que de galères juridiques en rachat de contrat, il nous aura fallu quatre ans avant d'avoir droit au successeur de Veni, Vidi, Vicious, et logiquement, sur une major. Entre-temps les gars ont continué de faire ce qu'ils ont toujours fait : ils ont bouffé de la planche. Tournées, concerts, bœufs. Ils n'ont pas perdu la main.

    Si pour Tyrannosaurus Hives, ils sont passés d'un packaging argent à un packaging à dominante dorée, il y a une raison. En comparaison de son prédécesseur l'album fait riche. Nouveau riche même, tendance Graceland. Glitter. On sent la sape en lamé or et la Cadillac El Dorado custom chrome. Toujours des teignes, mais qui ont appris les bonnes manières. Fuck Off... Mind you !

    Tout le soin apporté à la dégradation du son laisse perplexe. Certes les Hives n'ont pas perdu de vue que le rock c'est avant tout un truc de mecs moches pour serrer des gonzesses, mais il y aurait comme une exigence nouvelle dans les canons de la groupie à emballer. Nouveaux riches, je vous le disais. Cela dit, les douze titres nouveaux s'imposent toujours d'évidence.

    Bien assez pour réarmer la batterie de lieux communs de la presse rock, qui en a toujours disposés avec prodigalité. Ainsi donc, s'ils doivent être symptomatiques d'un quelconque épiphénomène, The Hives symboliseraient quelque part le retour du rock à guitares.

    Cette blague !

    Lorsque Duran Duran ressuscite fâcheusement, on a le droit de parler de retour de la muzak à moumoute (et l'obligation morale de le déplorer), mais franchement, peut-on rêver plus conne assertion que cet hypothétique retour du rock à guitares.

    En fût-il un autre ?

    Depuis que le vieux Chuck s'est agrippé à sa Gibson, le rock c'est la gratte. Le reste n'est qu'un effet de bande opportun, un superflu indispensable qui, sur scène, masque commodément l'indigence technique des guitaristes, qui sont par nature des gens indigents. Et c'est justement ça le rock. Monter au feu en bande ! En groupe...

    Si finalement retour il y a, ce n'est pas tant celui du rock à guitares, que celui du rock tout court. Et encore... retour ça reste à voir...

    Le rock c'est s'ancrer dans la certitude d'être anecdotique, se complaire dans une esthétique tronquée. C'est refuser de grandir, mais être certain que c'est impossible. C'est de là que naît la tension, l'urgence. Le rock, c'est une course contre la montre. Contre l'inévitable. Un jour forcément, on sera ridicule avec notre panoplie de sale gosse. On le sait que ce n'est pas çà la vie. Que le but du jeu ce n'est pas de faire chier nos parents et de dire merde à la société. Et toute l'ironie est là, puisque seuls les plus responsables et sérieux des aspirants rockers feront leur trou. Ce qui vous rend magique vous tue dans le même temps. Ça fait d'un groupe une bande d'enthousiastes un peu pathétiques, implacablement condamnés à un éphémère à durée indéterminée. Mais ce qui marque la différence entre les bons et les mauvais, ce n'est pas la capacité à faire durer cet éphémère, mais celle qui consiste à le faire coïncider avec un état de grâce. La beauté de The Hives, c'est leur urgence. C'est la perfection mathématique de cette courbe en cloche qui les a conduit d'une adolescence inutile et bruyante à ce Garage rutilant pour américaines de collection. The Hives c'est toute la vie de Jerry Lee Lewis en trois albums, avec la chute tragique annoncée pour le quatrième. C'est parfait. Simplement parfait.

    Il n'y a pas de retour du rock parce que le rock c'est l'adolescence dans ce qu'elle a de plus douloureux. C'est la vengeance du boutonneux, du médiocre. Du puceau. C'est la frustration électrifiée à pleins tubes. C'est parce qu'ils ne sont pas beaux que The Hives sont bons, au même titre que les belles gueules et le destroy soigné d'un Black Rebel Motorcycle Club suffit, à juste titre, à les rendre suspects. Lorsqu'on les voit on sait que ces gars ont tirés leurs coups à 14 ans. Et avec la Reine de la promo encore. The Hives c'est les Ramones, c'est les Who, c'est les Kinks, c'est les Sex Pistols, et quelque part même, c'est Black Sabbath. Intemporels, évidents, nécessaires. The Hives c'est le rock n' roll.

    Archive - décembre 2004





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