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Publié par GonzoBonzo à 00:08:55 dans Humeurs | Commentaires (5) | Permaliens
Les nouveaux ploutocrates de la Culture n'émargent plus à une quelconque coterie parisienne. Ils ne sont pas adeptes d'un fumeux concept ou zélotes d'une école "Nouvelle-Quelque Chose". S'ils règnent en maîtres sur la musique, le cinéma, la télévision ou la radio, c'est justement parce qu'ils sont complètement, absolument, résolument dénués de la plus petite étincelle de goût. Les statisticiens, consultants marketing, panélistes, tous ces vétilleux comptables de l'impalpable et autres entomologistes de l'immatériel sont devenus les Führers du marché de la Culture, et Médiamétrie est leur Reichstag Millénaire, tout à la fois temple de l'Aryanisme artistique et oracle définitif du Beau. Et quoi de plus Beau qu'un annonceur signant le bon de commande d'une campagne, si ce n'est peut être la courbe artistement ascendante d'une mesure d'audience, délicatement ombrée par la grâce des options graphiques offertes par Microsoft Excel©®.Ne nous leurrons pas, ce n'est jamais que la continuité de la vieille guerre de l'esprit et contre la matière, ravaudée à coups de matérialisme et de rationalisation. Mais cette fois, les nouveaux dictateurs du Beau ont pour eux le bon droit. Comprenez, la loi du marché.
Certes, mais doit-il nécessairement nécessairement être rentable ? Doit-il, lui aussi succomber à cette hallucination collective qu'est l'économie de marché comme moteur naturel des rapports humains ?
Deux camps, deux visions du monde, et une guerre feutrée qui fait rage dans les salles de réunions des officines spécialisées dans l'art ou la culture. Partout en fait où le Nouvel Ordre Esthétique du chiffre roi s'en vient définir les nouveaux canons du Beau, par la bouche de ses oracles modulaires : les consultants. Tête haute levée, vers le firmament inatteignable du 100% de mille ans, ils arrivent avec un catéchisme simple : les chiffres parlent. Simple question de point de vue à vrai dire, car lorsqu'ils parlent, les chiffres ne font que ce qu'ils ont toujours su faire le mieux, c'est-à-dire compter. La grammaire est simple, trop peut-être pour que les servants de l'audience et de la courbe de croissance ne puissent en saisir une autre, celle de l'art, qui est infiniment plus subjective celle-là.
Car si, au moins, les consultants se cantonnaient à leur rôle de statisticiens, l'affront ne serait pas si grand. Mais ils se piquent d'avoir du talent. Un mélange des genres douteux, sans doute né du vieux fantasme de l'homme de la Renaissance à la Française, et qu'habite encore la pieuse mémoire de Montaigne. "Mieux vaut une tête bien faite..." paraît-il. Dogme commode et alternative terrifiante à une tête bien pleine d'idées, de rêves, de folie et de doute.
Il est clair que ce viol à la hussarde, ne peut guère engendrer qu'un hongre, un bovillon stérile qui aura bien du mal à assurer sa descendance.
Publié par GonzoBonzo à 16:42:05 dans Humeurs | Commentaires (0) | Permaliens
Habituellement, notre regard de lecteur de science fiction tend plutôt à nous conforter dans l'idée que nous sommes des observateurs plutôt plus avisés que la moyenne des vicissitudes de notre époque. Au point de parfois en venir à alimenter chez nous, comme un léger complexe de supériorité. Mais si, mais si...
En quelques deux cent soixante dix pages, Rémi Sussan va faire voler en éclats nos petites vanités, et nous remettre à niveau. Journaliste spécialisé, observateur de la cyberculture depuis presque ses débuts et spécialiste de la contre-culture, il nous livre ici un compendium tout à fait indispensable. Presque un remède au vertige de notre temps.
Avec quatre parties distinctes consacrées respectivement aux Racines [de la contre-culture], à la contre-culture elle-même, à la cyberculture et enfin, complétant son axe des c.c, à la culture du chaos, Rémi Sussan retrace de manière claire et tout à fait fascinante, un demi siècle de pensée underground.
Underground mais aussi alternative, car il n'hésite pas à placer au cœur de son paysage de nombreuses cultures populaires, parmi lesquelles la littérature de science fiction et le comics. Il est vrai que les figures tutélaires de ce panthéon contre-culturel sont tous de joyeux iconoclastes, parmi lesquels on retrouve des noms qui ne nous sont pas inconnus. Ainsi Alfred Korzybski, sont la sémantique générale inspira Van Vogt pour son Monde des Ā, ou bien encore Timothy Leary, le gourou psychédélique aux multiples incarnations, dont celle, certains le découvriront peut-être, de pythie de la cybernétique. On y croise aussi William Gibson, Bruce Sterling, Rudy Rucker, Vernor Vinge mais aussi Alan Moore, Aleister Crowley et même Robert Heinlein. Mais à leurs côtés, ce sont d'autres intellectuels, souvent brillants, parfois un peu borlderline mais tous rigoureusement originaux, qui pavent la route vers la posthumanité.
Avec une clarté de style, une concision de propos et une rigueur documentaire tout à fait remarquables, Rémi Sussan part du concept que le monde, notre monde est devenu mutant, et que les vieux paradigmes servant à le définir tombent peu à peu dans l'obsolescence. Sans complaisance exagérée, mais avec un intérêt réel qui transparaît à chaque page, il nous familiarise avec les pensées radicalement autres d'analystes venus de la marge. Des préceptes de la métaprogrammation de McKenna, aux chaoticiens lovecraftiens du Ccru, en passant par les dômes de Fuller, les expériences d'isolation sensorielles de John Lilly, la cryogénie ou la mémétique et les média virus, Sussan dresse une cartographie précise de ces nouvelles sciences, qui pour certaines redéfinissent jusqu'à l'idée même d'analyse scientifique. Autant de techniques et surtout de pensées de pointe qui fournissent matière et réflexions à bon nombres des auteurs que nous lisons tous les jours. Des auteurs, eux aussi, de la marge.
Mais une marge qui en cinquante ans de combat a perdu sa consistance pour essaimer dans la culture mainstream. Ce qui amène Rémi Sussan à ce constat surprenant que la contre-culture est morte... parce qu'elle à gagné.
Si c'est vrai, Les Utopies posthumaines n'est pas qu'un simple viatique pour une réflexion future, mais peut-être un guide de survie pour le monde d'aujourd'hui ? Quoiqu'il en soit, c'est un essai brillant et fondamental. La pièce centrale d'un puzzle dont vous détenez déjà la plupart des pièces, puisque vous vivez dedans.
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Publié par GonzoBonzo à 16:07:31 dans Livres | Commentaires (3) | Permaliens
Traducteur - entre autres - de Benderson, d'Elmore Leonard ou de Jim Thompson, et par ailleurs grand connaisseur de la culture et de la langue russe (qu'il traduit aussi) Thierry Marignac est avant tout un écrivain. Un écrivain qui, comme il le dit lui-même, n'essaie pas "changer le monde", mais qui en tout état de cause, sait en faire état avec une lucidité sans illusion et une crudité de regard qui marque indélébilement son écriture.
Pour Vint, le romancier s'est discrètement effacé derrière l'observateur du réel. Il lui a laissé les pages de cet incroyable carnet de voyage auprès des militants de la réduction des risques ukrainiens. Une mission d'exploration qui nous emmène au bord du gouffre moderne, vers l'abîme de nos sociétés qui s'ouvre aux confins du système.
Le vint est un dérivé artisanal d'éphédrine, dont les effets sont similaires à ceux de la métamphétamine. Facile à fabriquer, assez bon marché, cette saloperie est très rapidement devenu la drogue de prédilection dans toute une partie des anciens pays du bloc soviétique. L'économie, ravagée par une dérégulation sauvage du marché, y a abandonné sur le bord de la route nombre de laissés pour comptes trop désabusés pour ne pas chercher refuge dans les drogues, et généralement trop pauvres pour s'offrir les paradis chimiques en vogue en occident. Car toute entière elle est là, la ligne de fracture que Marignac s'échine à décrire dans son livre. Son incursion glaciale dans les rues de Kiev, Yalta ou d'Odessa dissipe cruellement l'illusion pan-européenne, par ailleurs savamment entretenue par la classe politique. L'Ukraine n'est pas l'occident. Pays slave pour partie composite et à la situation politique délicate, partagé entre majorité ukrainienne en verve de nationalisme et communauté russophone paranoïaque, c'est aussi, comme c'est le cas pour beaucoup d'anciennes républiques soviétiques, un no man's land ultra-libéral qui fait fleurir des fortunes express sur une montagne d'ordures et de misère. C'est là un terreau idéal pour toute une drug culture qui devient la zone d'accrétion de vies brisées et de destins en flammes. C'est à leur rencontre qu'est parti Thierry Marignac pendant l'hiver 2004, en pleine Révolution Orange.
Tous d'anciens toxicos aux parcours erratiques, les militants de la Réduction des Risques, oeuvrent inlassablement pour tenter, non pas d'endiguer les fléau des drogues (c'est déjà trop tard), mais pour enrayer les épidémies de sida ou d'hépatite, pour raccrocher leurs clients à un semblant de sociabilité minimum, et pour aider ceux qui le veulent à s'en sortir. Venu avec sa connaissance de la société russe et ses propres démons, toujours tapis dans l'ombre, Marignac va partager leur quotidien pendant plusieurs mois. Un retour sur lui-même qui coïncide avec ce carnet de route sans concession, mais aussi sans misérabilisme. L'Ukraine qu'il nous décrit est bien loin du miracle libéral. Il nous montre avec réalisme le prix à payer pour y accéder, et témoigne des résultantes de ce qu'on pourrait facilement interpréter comme un malentendu de l'histoire. Voire même, une série de malentendus, dont les hommes et les femmes qui peuplent ces pages sont les enfants. Lorsqu'il nous les dépeint, Thierry Marignac se refuse à en faire des saints. Car il reconnaît en eux les affres que lui-même a connu jadis, et il sait trop quelle est leur vie. En conséquence, le regard qu'il porte sur eux est d'une profonde humanité, et n'exclu ni l'humour, ni la complicité.
Au final, cette fantastique galerie de portraits sur fond de chaos social, est d'une vivacité et d'une vitalité rare. Trop rare en fait. L'écriture de Thierry Marignac lui ressemble : droite, sincère et pugnace, avec ses failles qui affleurent, et qui la rendent tout aussi attachante que passionnante. Vint n'enjolive pas, ne s'autorise aucune facilité, mais se dévore comme un roman. Un roman du réel qui nous sort salutairement de notre petite bulle où, depuis longtemps déjà, la vie est bien moins vraie que nature.
Inédit
Publié par GonzoBonzo à 12:47:30 dans Livres | Commentaires (0) | Permaliens
On s'en refile les références entre initiés comme on le ferait du tuyau d'un entraîneur dans la cinquième à Vincennes. On en a entendu parler, comme parfois nous parviennent les rumeurs d'une abduction. Il se peut même qu'on connaisse un gars qui connaît un gars dont le beau-frère est voisin du fils de la concierge de l'immeuble dans lequel vit un gars qui en aurait lu un. A l'occasion, c'est toujours bien venu d'en évoquer un au détour d'une conversation. Ça fait chic et érudit.
Ce sont ces livres dont tout le monde parle, mais qu'au final presque personne n'a lu, souvent faute de réédition. Petit phénomène fétichiste propre à toute micro-niche, le culte n'épargne pas la SF. Le phénomène ne laisse d'ailleurs pas les éditeurs indifférents, puisque de plus en plus il vont puiser dans leurs fonds de catalogue pour en exhumer ces petites perles noires, comme témoigne la présente réédition de Rêve de Fer, qui naguère encore aurait figurer tout en haut de cette liste avec Radix, Malperthuis ou la Tétralogie Apocalyptique de Ballard qui va prochainement connaître une réédition. Voici donc une petite sélection de quinze de ces incunables des temps modernes.
2) Les Fileurs d'Anges - John M.Ford
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Publié par GonzoBonzo à 10:19:20 dans Science fiction | Commentaires (3) | Permaliens
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