Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Staragnagna | 09 septembre 2006

Tombé à la TV sur la nouvelle pub Vania.

Que je vous raconte si vous ne l'avez pas vu.

Ouverture sur un 3D pas terrible de la ville du futur, qui ressemble à une mate-painting de l'Âge de Cristal, et au premier plan, un vaisseau spatial un peu cheapos, manifestement, en approche.

Voix off : "Nous arrivons sur Vénus, veuillez attacher vos ceintures"

Entre-temps on est passé à l'intérieur de l'engin. Déco à mi-chemin entre la salle de bain de Philippe Stark et un sushi-bar macrobiotique. On ouvre sur 4 copines, du genre à mater des vieux 2D d'Ally McBeal et à parler de l'intégrale Bridget Jones qui vient de sortir dans la Pléiade.

Comme en réponse à la voix du stewart, l'une d'entre-elles confie aux autres :

- "Il était temps qu'on arrive, j'ai mes règles, j'espère que mon protège slip va tenir."

Bon appétit si vous êtes à table. Et d'appuyer son propos d'un :

- "Mon indicateur d'humidité est presque au max".

Et là, gros plan sur un machin de la taille d'une calculette scientifique, que l'infortunée arbore en boucle de ceinturon et qui clignote exactement comme le ferait le VUmètre d'un ampli de chaîne Hi-Fi. Vous savez, avec des grosses barres rouges qui montent et qui descendent en fonction du volume. Et là, effectivement, on pourrait croire que c'est Slipknot qui joue dans sa culotte, sauf qu'en fait non ! C'est juste sa serviette hygiènique qui lui dit "Hey cocotte, magne-toi de me jeter, sinon ça va être coulis de cerise au dessert pour Victoria Secret."

Evidemment, s'ensuit l'inévitable recommandation (anim 3D à l'appui) de la nouvelle Vania à la sphaigne de Rigel 9, qui est tellement absorbante que - limite - on va devoir te transfuser après.

La brutale émergence de la SF dans l'univers plutôt confiné de l'hygiène intime n'est évidemment pas sans intérêt.

Maintenant, que peut nous permettre de déduire ce singulièrement voyant indicateur d'humidité.

Au départ, on pourrait s'étonner de voir qu'une Humanité capable de terraformer Vénus et de la relier à la Terre par vols réguliers, n'ait rien de trouvé de plus commode pour éviter aux femmes de tâcher leur fond de pantalon, que de se rembourrer le slibard avec un rouleau de Sopalin.

Sauf que non en fait ! C'est même le contraire ! Là ou le mesquin n'y verrait qu'un warning avertissant les champions du tact que c'est pas le moment de leur demander si, des fois, elles auraient pas un peu pris des fesses, il est évident que le peu de discrétion du fameux indicateur ne peut être interprêté que d'une seule manière : le status social de la femme du futur dépendra de l'importance du flux de ses menstruations.

Et partout dans l'univers, on les verra arborer fièrement des écrans d'indicateurs d'humidité saturés, qui diront au monde entier que les Anglais ont débarqués et que là, c'est carrément Opération Overlord. Et pourquoi ne pas imaginer que certaines d'entre-elles -les mieux pourvues - seraient sanctifiées les jours de grandes eaux ? Pourquoi aussi ne pas envisager une sorte de roulement dans les hautes instances du gouvernement mondial, afin de s'assurer que la femme aux commandes soit constamment au maximum de son potentiel mensuel ?

Bon, ça ne va pas être nécessairement facile d'expliquer ce mode de fonctionnement aux premières civilsations qu'on va rencontrer, mais on verra à ce moment-là. Sans doute pour la prochaine pub Vania, où les copines en transit pour Vénus, seront remplacées par une Plutonienne dont menstrues niagaresque sont bien connues.

Ah, non, merde... ça marchera pas. Pluton n'est plus une planète.


medium_EricH copie.png

Publié par GonzoBonzo à 00:08:55 dans Humeurs | Commentaires (5) |

Avez-vous les statistiques de l'humour ? | 10 juillet 2006

Les nouveaux ploutocrates de la Culture n'émargent plus à une quelconque coterie parisienne. Ils ne sont pas adeptes d'un fumeux concept ou zélotes d'une école "Nouvelle-Quelque Chose". S'ils règnent en maîtres sur la musique, le cinéma, la télévision ou la radio, c'est justement parce qu'ils sont complètement, absolument, résolument dénués de la plus petite étincelle de goût. Les statisticiens, consultants marketing, panélistes, tous ces vétilleux comptables de l'impalpable et autres entomologistes de l'immatériel sont devenus les Führers du marché de la Culture, et Médiamétrie est leur Reichstag Millénaire, tout à la fois temple de l'Aryanisme artistique et oracle définitif du Beau. Et quoi de plus Beau qu'un annonceur signant le bon de commande d'une campagne, si ce n'est peut être la courbe artistement ascendante d'une mesure d'audience, délicatement ombrée par la grâce des options graphiques offertes par Microsoft Excel™©®.


Ne nous leurrons pas, ce n'est jamais que la continuité de la vieille guerre de l'esprit et contre la matière, ravaudée à coups de matérialisme et de rationalisation. Mais cette fois, les nouveaux dictateurs du Beau ont pour eux le bon droit. Comprenez, la loi du marché.



Inutile de jouer les Tartuffes. Depuis le jour où un lourdaud poilu un peu moins lourdaud que les autres a accepté de peindre un auroch sur la paroi d'une caverne en échange d'un cuissot de renne, l'art est mercantile. De Leonardo au Clos Lucé, à Bowie se plaçant pour une marque d'eau qui restaure votre vitalité, l'art a toujours été une histoire d'argent.


Certes, mais doit-il nécessairement nécessairement être rentable ? Doit-il, lui aussi succomber à cette hallucination collective qu'est l'économie de marché comme moteur naturel des rapports humains ?



Alors que depuis des siècles, et en dépit de tentatives acharnées, personne n'a finalement pu s'accorder sur une définition du Beau, celle de la rentabilité en revanche ne diffère d'un esthète du bilan à l'autre que sur des détails de mise en œuvre. Une différence d'approche qui démontre que leur mariage est, par essence impossible. Tout comme jamais l'huile ne se mélangera à l'eau et jamais le Poillac n'ira sur le Sauterne. Défi insupportable pour celui pour qui – technicien mécaniste ou nouveau riche grossier - l'essence sera toujours ce qu'on met dans un moteur.


Deux camps, deux visions du monde, et une guerre feutrée qui fait rage dans les salles de réunions des officines spécialisées dans l'art ou la culture. Partout en fait où le Nouvel Ordre Esthétique du chiffre roi s'en vient définir les nouveaux canons du Beau, par la bouche de ses oracles modulaires : les consultants. Tête haute levée, vers le firmament inatteignable du 100% de mille ans, ils arrivent avec un catéchisme simple : les chiffres parlent. Simple question de point de vue à vrai dire, car lorsqu'ils parlent, les chiffres ne font que ce qu'ils ont toujours su faire le mieux, c'est-à-dire compter. La grammaire est simple, trop peut-être pour que les servants de l'audience et de la courbe de croissance ne puissent en saisir une autre, celle de l'art, qui est infiniment plus subjective celle-là.



Au rêveur qui s'interrogerait sur le bien fondé de leurs édits, ils répondent par un mantra qu'ils se récitent pour ne pas avoir à le graver au frontispices des locaux de leurs clients. "Les chiffres ne mentent pas". Soit... mais alors dans ce cas qu'ont-ils à faire dans une discipline où, précisément, tout n'est qu'un délicieux mensonge ?


Car si, au moins, les consultants se cantonnaient à leur rôle de statisticiens, l'affront ne serait pas si grand. Mais ils se piquent d'avoir du talent. Un mélange des genres douteux, sans doute né du vieux fantasme de l'homme de la Renaissance à la Française, et qu'habite encore la pieuse mémoire de Montaigne. "Mieux vaut une tête bien faite..." paraît-il. Dogme commode et alternative terrifiante à une tête bien pleine d'idées, de rêves, de folie et de doute.



Ce doute, si salutairement nécessaire aux disciplines artistiques, et Terra Incognita pour les sectateurs tatillons de la statistique, dont la seule raison d'être est son élimination drastique.


Il est clair que ce viol à la hussarde, ne peut guère engendrer qu'un hongre, un bovillon stérile qui aura bien du mal à assurer sa descendance.










Publié par GonzoBonzo à 16:42:05 dans Humeurs | Commentaires (0) |

Mise à jour critique détectée. | 14 juin 2006

Les Utopies posthumaines

de Rémi Sussan


 



Habituellement, notre regard de lecteur de science fiction tend plutôt à nous conforter dans l'idée que nous sommes des observateurs plutôt plus avisés que la moyenne des vicissitudes de notre époque. Au point de parfois en venir à alimenter chez nous, comme un léger complexe de supériorité. Mais si, mais si...



En quelques deux cent soixante dix pages, Rémi Sussan va faire voler en éclats nos petites vanités, et nous remettre à niveau. Journaliste spécialisé, observateur de la cyberculture depuis presque ses débuts et spécialiste de la contre-culture, il nous livre ici un compendium tout à fait indispensable. Presque un remède au vertige de notre temps.



Avec quatre parties distinctes consacrées respectivement aux Racines [de la contre-culture], à la contre-culture elle-même, à la cyberculture et enfin, complétant son axe des c.c, à la culture du chaos, Rémi Sussan retrace de manière claire et tout à fait fascinante, un demi siècle de pensée underground.



Underground mais aussi alternative, car il n'hésite pas à placer au cœur de son paysage de nombreuses cultures populaires, parmi lesquelles la littérature de science fiction et le comics. Il est vrai que les figures tutélaires de ce panthéon contre-culturel sont tous de joyeux iconoclastes, parmi lesquels on retrouve des noms qui ne nous sont pas inconnus. Ainsi Alfred Korzybski, sont la sémantique générale inspira Van Vogt pour son Monde des Ā, ou bien encore Timothy Leary, le gourou psychédélique aux multiples incarnations, dont celle, certains le découvriront peut-être, de pythie de la cybernétique. On y croise aussi William Gibson, Bruce Sterling, Rudy Rucker, Vernor Vinge mais aussi Alan Moore, Aleister Crowley et même Robert Heinlein. Mais à leurs côtés, ce sont d'autres intellectuels, souvent brillants, parfois un peu borlderline mais tous rigoureusement originaux, qui pavent la route vers la posthumanité.



Avec une clarté de style, une concision de propos et une rigueur documentaire tout à fait remarquables, Rémi Sussan part du concept que le monde, notre monde est devenu mutant, et que les vieux paradigmes servant à le définir tombent peu à peu dans l'obsolescence. Sans complaisance exagérée, mais avec un intérêt réel qui transparaît à chaque page, il nous familiarise avec les pensées radicalement autres d'analystes venus de la marge. Des préceptes de la métaprogrammation de McKenna, aux chaoticiens lovecraftiens du Ccru, en passant par les dômes de Fuller, les expériences d'isolation sensorielles de John Lilly, la cryogénie ou la mémétique et les média virus, Sussan dresse une cartographie précise de ces nouvelles sciences, qui pour certaines redéfinissent jusqu'à l'idée même d'analyse scientifique. Autant de techniques et surtout de pensées de pointe qui fournissent matière et réflexions à bon nombres des auteurs que nous lisons tous les jours. Des auteurs, eux aussi, de la marge.



Mais une marge qui en cinquante ans de combat a perdu sa consistance pour essaimer dans la culture mainstream. Ce qui amène Rémi Sussan à ce constat surprenant que la contre-culture est morte... parce qu'elle à gagné.



Si c'est vrai, Les Utopies posthumaines n'est pas qu'un simple viatique pour une réflexion future, mais peut-être un guide de survie pour le monde d'aujourd'hui ? Quoiqu'il en soit, c'est un essai brillant et fondamental. La pièce centrale d'un puzzle dont vous détenez déjà la plupart des pièces, puisque vous vivez dedans.


Archives





 


Publié par GonzoBonzo à 16:07:31 dans Livres | Commentaires (3) |

Shooté au réel | 05 juin 2006

Vint

Le roman noir des drogues en Ukraine

de Thierry Marignac


 



Traducteur - entre autres - de Benderson, d'Elmore Leonard ou de Jim Thompson, et par ailleurs grand connaisseur de la culture et de la langue russe (qu'il traduit aussi) Thierry Marignac est avant tout un écrivain. Un écrivain qui, comme il le dit lui-même, n'essaie pas "changer le monde", mais qui en tout état de cause, sait en faire état avec une lucidité sans illusion et une crudité de regard qui marque indélébilement son écriture.



Pour Vint, le romancier s'est discrètement effacé derrière l'observateur du réel. Il lui a laissé les pages de cet incroyable carnet de voyage auprès des militants de la réduction des risques ukrainiens. Une mission d'exploration qui nous emmène au bord du gouffre moderne, vers l'abîme de nos sociétés qui s'ouvre aux confins du système.



Le vint est un dérivé artisanal d'éphédrine, dont les effets sont similaires à ceux de la métamphétamine. Facile à fabriquer, assez bon marché, cette saloperie est très rapidement devenu la drogue de prédilection dans toute une partie des anciens pays du bloc soviétique. L'économie, ravagée par une dérégulation sauvage du marché, y a abandonné sur le bord de la route nombre de laissés pour comptes trop désabusés pour ne pas chercher refuge dans les drogues, et généralement trop pauvres pour s'offrir les paradis chimiques en vogue en occident. Car toute entière elle est là, la ligne de fracture que Marignac s'échine à décrire dans son livre. Son incursion glaciale dans les rues de Kiev, Yalta ou d'Odessa dissipe cruellement l'illusion pan-européenne, par ailleurs savamment entretenue par la classe politique. L'Ukraine n'est pas l'occident. Pays slave pour partie composite et à la situation politique délicate, partagé entre majorité ukrainienne en verve de nationalisme et communauté russophone paranoïaque, c'est aussi, comme c'est le cas pour beaucoup d'anciennes républiques soviétiques, un no man's land ultra-libéral qui fait fleurir des fortunes express sur une montagne d'ordures et de misère. C'est là un terreau idéal pour toute une drug culture qui devient la zone d'accrétion de vies brisées et de destins en flammes. C'est à leur rencontre qu'est parti Thierry Marignac pendant l'hiver 2004, en pleine Révolution Orange.



Tous d'anciens toxicos aux parcours erratiques, les militants de la Réduction des Risques, oeuvrent inlassablement pour tenter, non pas d'endiguer les fléau des drogues (c'est déjà trop tard), mais pour enrayer les épidémies de sida ou d'hépatite, pour raccrocher leurs clients à un semblant de sociabilité minimum, et pour aider ceux qui le veulent à s'en sortir. Venu avec sa connaissance de la société russe et ses propres démons, toujours tapis dans l'ombre, Marignac va partager leur quotidien pendant plusieurs mois. Un retour sur lui-même qui coïncide avec ce carnet de route sans concession, mais aussi sans misérabilisme. L'Ukraine qu'il nous décrit est bien loin du miracle libéral. Il nous montre avec réalisme le prix à payer pour y accéder, et témoigne des résultantes de ce qu'on pourrait facilement interpréter comme un malentendu de l'histoire. Voire même, une série de malentendus, dont les hommes et les femmes qui peuplent ces pages sont les enfants. Lorsqu'il nous les dépeint, Thierry Marignac se refuse à en faire des saints. Car il reconnaît en eux les affres que lui-même a connu jadis, et il sait trop quelle est leur vie. En conséquence, le regard qu'il porte sur eux est d'une profonde humanité, et n'exclu ni l'humour, ni la complicité.



Au final, cette fantastique galerie de portraits sur fond de chaos social, est d'une vivacité et d'une vitalité rare. Trop rare en fait. L'écriture de Thierry Marignac lui ressemble : droite, sincère et pugnace, avec ses failles qui affleurent, et qui la rendent tout aussi attachante que passionnante. Vint n'enjolive pas, ne s'autorise aucune facilité, mais se dévore comme un roman. Un roman du réel qui nous sort salutairement de notre petite bulle où, depuis longtemps déjà, la vie est bien moins vraie que nature.



 



Inédit



 


Publié par GonzoBonzo à 12:47:30 dans Livres | Commentaires (0) |

Les classiques perdus | 03 juin 2006


On s'en refile les références entre initiés comme on le ferait du tuyau d'un entraîneur dans la cinquième à Vincennes. On en a entendu parler, comme parfois nous parviennent les rumeurs d'une abduction. Il se peut même qu'on connaisse un gars qui connaît un gars dont le beau-frère est voisin du fils de la concierge de l'immeuble dans lequel vit un gars qui en aurait lu un. A l'occasion, c'est toujours bien venu d'en évoquer un au détour d'une conversation. Ça fait chic et érudit.

Ce sont ces livres dont tout le monde parle, mais qu'au final presque personne n'a lu, souvent faute de réédition. Petit phénomène fétichiste propre à toute micro-niche, le culte n'épargne pas la SF. Le phénomène ne laisse d'ailleurs pas les éditeurs indifférents, puisque de plus en plus il vont puiser dans leurs fonds de catalogue pour en exhumer ces petites perles noires, comme témoigne la présente réédition de Rêve de Fer, qui naguère encore aurait figurer tout en haut de cette liste avec Radix, Malperthuis ou la Tétralogie Apocalyptique de Ballard qui va prochainement connaître une réédition. Voici donc une petite sélection de quinze de ces incunables des temps modernes.





1) Illuminatus - Robert Shea et Robert Anton Wilson

medium_shea.jpgMonstrueux pavé de 1500 pages écrit en 1975 (et sensément publié en trois tomes en France), Illuminatus est une référence cultissime pour les fans de cyberculture. Shea et Wilson, deux figures de la contre-culture des années 60 qui, comme beaucoup, avaient opéré le virage vers les nouvelles technologies, parlaient de ce roman comme d'un "conte de fées pour paranoïaques, parlant de sexe, de drogues et de nouvelles religions". Combinant des données scientifiques de pointes, des théories alors très underground comme la métaprogrammation, la mémétique ou la théorie du chaos, avec un scénario finalement assez conventionnel d'histoire secrète, ils ont transformé Illuminatus en une sorte d'équivalent cyberpunk du En terre étrangère d'Heinlein. C'est une sorte de virus médiatique écrit bien avant que l'idée même de cyberpunk n'apparaisse et dont Wilson aimait parler sous le nom d'"Operation Mindfuck".

C'est le classique perdu par excellence, puisque son éditeur - la Librairie des Champs-Elysées – n'a jamais jugé utile de publier le troisième tome. Les aventureux devront donc se résoudre à lire la fin de l'histoire en anglais.



2) Les Fileurs d'Anges - John M.Ford


medium_ford.jpg
Culte pour certains et rigoureusement illisible pour les autres, Les Fileurs d'Anges a la flatteuse réputation d'avoir coiffé William Gibson au poteau en préfigurant le concept de cyberspace dans ce roman qui tient pourtant plus du space opera que du techno thriller. C'est aussi le seul de lui paru à ce jour en France. Il faut dire que John Milo Ford est une personnalité atypique, qui n'aime pas être catalogué, et qui œuvre avec une volonté farouche d'originalité qui n'est pas sans nuire à sa lisibilité. Outre Les Fileurs d'Anges, on lui doit des novellisations barrées de Star Trek, des romans de fantasy urbaine, des thrillers, un roman de vampires et sous pseudonyme de la littérature enfantine.

Paru en 1980 aux Etats-Unis, ce premier roman touche nos côtes deux ans plus tard chez J'ai Lu, et n'a depuis lors jamais connu de réédition.





3) Dangereuses Visions 1 & 2 - Harlan Ellison

medium_ellison.jpgD'une manière générale il est assez difficile de trouver les livres d'Harlan Ellison. Il n'y est d'ailleurs pas étranger. Malgré sa réputation, ou peut-être à cause d'elle, il reste catalogué comme le trublion de la génération 68, le fouteur de merde qui voulait "tuer le père". Rien n'est plus faux, comme le prouve sa légendaire anthologie Dangerous Visions qu'il dirige en 1967 avec l'ambition de faire sortir la science fiction de ce qu'il comme considérait comme sa période d'infantilisme, à savoir sa foi naïve en une science toute puissante et dont les grands noms de l'Âge d'Or s'étaient fait les chantres. Si Dangerous Visions rassemblait quelques valeurs montantes de l'époque, comme Robert Silverberg, Frederick Pohl, Brian Adliss, J.G Ballard ou John Sladek, Ellison avait aussi fait appel à des auteurs bien installés, en leur demandant de sortir de leurs sentiers battus. Et nombreux étaient ceux qui avaient joué le jeu, à commencer par Isaac Asimov dont la préface donnait le ton. Parmi les contributeurs citons Roger Zelazny, Robert Bloch, Poul Anderson, Damon Knight, Philip José Farmer, Lester Del Rey ou Fritz Leiber. Même Philip K.Dick avait répondu à l'appel. Et de fait, il est plus simple de compter qui ne figure pas au sommaire de Dangerous Visions que d'énumérer tous les auteurs du casting le plus phénoménal de l'histoire de la SF. Récompensée par un Hugo en 1968, Harlan Ellison, avec la modestie qui le caractérise, estimait dans la préface de la 35th Anniversary Edition, qu'il avait pleinement rempli son contrat, et bel et bien livré au monde une anthologie séminale.

Paru en France chez J'ai Lu en 1975, sous la direction de Jacques Sadoul, elle n'a jamais été rééditée, ce qui est d'ailleurs proprement scandaleux.




4) Breakfast du champion - Kurt Vonnegut Jr

medium_vonnegut.jpgSi ça peut lui faire plaisir, Kurt Vonnegut Jr n'est pas un écrivain de science fiction. Il n'en reste pas moins que toute la première moitié de sa bibliographie a d'abord été publiée en édition spécialisée. Et ce fût aussi le cas de ce Breakfast du champion, qui précisément est le point de rupture dans sa carrière. Publié en 1972, ce roman est la somme de toutes les obsessions dont Vonnegut a nourri ses fictions jusqu'alors. Il dit volontiers qu'il devait ce livre en forme de testament à ses personnages. Et de fait toute l'intrigue est à leur service, puisqu'il va même jusqu'à les libérer de lui-même et les enjoins à vivre leur vie au mieux. Une idée tarabiscotée à la Vonnegut, et servie par une narration très éclatée, presque en forme d'aphorismes, au point que parfois on se croirait en train de lire un Cioran complètement défoncé à la mescaline.

Drôle et très travaillé, comme toujours chez lui, Le Breakfast du champion est clairement ce qu'on appellerait aujourd'hui une transfiction. Publié chez J'ai Lu en 1975, il a bénéficié d'une discrète réédition en 1999 (largement épuisée depuis), à la faveur d'une adaptation cinématographique non moins discrète.




5) Software - Rudy Rucker

medium_rucker.jpgAvec Neuromancien de Gibson et La Schismatrice de Sterling, Software est souvent cité comme un des romans de référence de la génération cyberpunk. C'est sur celui-ci que s'est construite la renommée de Rudy Rucker, un auteur que tout le monde connaît mais que peu ont lu, faute de rééditions (une injustice désormais - en partie - réparée grâce à Lune d'Encre). Software n'est en fait que le premier tome d'un quatuor écrit au long court et qui se compose, en plus, de Wetware, Freeware et Realware. Une occasion pour Rucker, qui tout comme Sterling est l'un des grands théoriciens du cyberpunk, de nourrir son récit de vingt années de réflexions et de mises en perspectives des rapports troubles qu'entretiennent les unités biologiques humanoïdes avec la technologie.

Ecrit en 1982 (deux ans avant Neuromancien), Software avait été publié en France en 1986 par feu les éditions Opta. Jamais réédité il vous faudra beaucoup, beaucoup de chance pour le dénicher.




6) L'Homme-dé - Luke Rhinehart

medium_rhinehart.jpgBon, pas tout à fait perdu, mais pas non plus très facilement trouvable, L'Homme dé est un classique pour initiés, en d'autres termes un livre culte. Il est publié en France en 1973, peu de temps après sa sortie aux Etats-Unis où il n'a pas tardé à s'attirer la réputation de roman le plus subversif de sa génération. Il raconte l'histoire d'un psychiatre new-yorkais qui, décide que puisque le monde va mal lorsqu'il est confié à la volonté des hommes, autant s'en remettre au hasard et décide de jouer sa vie aux dés. L'aspect subversif du roman est renforcé par un effet d'autofiction fantasmé puisque son héros s'appelle lui aussi Luke Rhinehart. Il faudra d'ailleurs attendre longtemps avant de savoir qui se cachait réellement derrière ce pseudonyme. Un mystère qui a tenu en haleine des millions de fans de part le monde, car L'Homme Dé est le seul et unique roman publié par Rhinehart, ce qui a parfois tendu à en faire une sorte d'évangile contre-culturel.

Réédité en 1998 par l'Oliver, c'est certainement l'un des classiques perdus les plus facilement trouvable de la liste.






7) La Dimension des Miracles – Robert Sheckley

medium_shecley.jpgC'est peut-être son penchant pour la bonne blague, voire même parfois la gaudriole, qui ont fini par faire un peu oublier Robert Sheckley dont on n'a guère plus parlé ces dernières années qu'à l'occasion de sa mort, survenue en décembre dernier. Pourtant réduire son œuvre à une blague d'un goût douteux serait une erreur. Ses premiers romans sont des petits bijoux de dérision, où il dynamite avec une jubilation enthousiaste les codes d'un genre qu'il n'a jamais pris très au sérieux, mais dans lequel il a su injecter une solide dose de distance caustique. C'est le cas avec La Dimension des miracles, souvent considéré comme son meilleur roman. L'absurde et très désolante odyssée de Carmody, son héros est, comme toujours chez Sheckley, prétexte à croquer impitoyablement nos petites glorioles et pathétiques bassesses. Mais le temps passe et à son humour débilo-décalé on a préféré les bonnes grosses blagues de geek d'un Pratchett. Signe des temps ?

Sorti en 1973 au Livre de Poche, cinq ans après sa parution originale, et il été réédité pour la dernière fois en 1989.




>8) L'homme démoli - Alfred Bester

medium_bester.2.jpgRégulièrement cité comme référence par des auteurs comme Serge Lehman et figurant dans toutes les listes de références, L'Homme démoli est un roman de 1955 qui a régulièrement été réédité jusqu'en 1996. Mélangeant avec bonheur enquête policière et science fiction, il y a indéniablement un parfum dickien dans cette histoire de flics télépathes qui peuvent anticiper l'exécution du délit. Seulement en 55, alors que Dick n'est encore qu'un noircisseur de pages, certes déjanté, mais néanmoins mineur, Bester est lui un auteur installé et respecté, et dont l'écriture influencera de nombreux autres écrivains.

Au catalogue Présence du Futur depuis toujours, il ne fait aucun doute que L'Homme démoli ne tardera guère à être réédité par Folio SF.





9) Le Cycle D'Helliconia – Brian Aldiss

medium_Aldiss.jpgFinalement assez peu connu en France, Brian Aldiss est indéniablement un des grands maîtres britanniques du genre. Si de lui on cite assez souvent le Monde Vert, Helliconia est son Grand Œuvre. Livre-monde titanesque il ne trouve guère son équivalent que dans Dune auquel on le compare parfois, ne serait-ce que pour la densité de son univers. Bien que régulièrement réédité au Livre de Poche, ce cycle en trois (gros) volumes tend à devenir difficile à trouver. C'est plus que dommage car la chronique de ce monde dont l'hiver et l'été durent chacun plusieurs millénaires est tout à fait fascinante.

Publié chez Ailleurs et demain en 1984 et réédité pour la dernière fois au Livre de Poche en 1998, il n'en reste pas moins assez difficile à trouver.





10) Ces garçons qui venaient du Brésil – Ira Levin

medium_levin.2.jpgSuggestion tout à fait pertinente à cette liste, soufflée par Ugo Bellagamba, Ces garçons qui venaient du Brésil est l'autre roman d'Ira Levin. Celui qu'on cite une fois que l'on a mentionné l'incontournable Rosemary's Baby. Levin est un touche un tout, et pour tout dire un touche à tout assez moyen. Ecrivain sans flamboyance à l'écriture gentiment lustrée par un manque de génie persistant, il compense largement ces carences par une production régulière et conséquente. Mais en France, l'arbre a souvent eu tendance à cacher la forêt, et il a été assez peu publié. Avec ce roman écrit en 1976 et poussivement adapté au cinéma dans la foulée, il livrait pourtant une histoire tout à fait convaincante de clones d'Hitler élevés après la guerre, dans l'espoir que l'un d'entre-eux reprendra le flambeau. Idée intéressante qui mixe avec bonheur des thèmes aussi divers que la fuite des criminels nazis, la persistance du fantasme du IIIème Reich, et bien-sûr la génétique, bien loin encore d'apparaître à l'époque comme une thématique majeure du genre.

La dernière édition connue est celle de J'ai Lu et date de 1979.




11) Stalker, pique-nique au bord du chemin – Arkadi & Boris Strougatski

medium_stalker.2.jpgLes frères Strougatski sont d'authentiques figures des littératures de l'Imaginaire. Déjà du fait de leur talent, et de la maîtrise qu'ils ont de l'art difficile de l'écriture à quatre mains. Mais surtout leur production littéraire s'est forgée au cœur des années noires du communisme soviétique. La mort de Staline et le relatif dégel occasionné par l'ère Krouchtchev leur a offert l'opportunité de publier des œuvres engagées où ils n'hésitaient pas à critiquer (à mots couverts évidemment) les travers du régime en place. Des tracas avec la censure les ont ensuite contraint à se tourner vers l'humain et à délaissé le politique, sans pour autant que la qualité de leur plume n'en souffre. Stalker est de cette veine là, et a été écrit en 1972, alors que Brejnev faisait peser une chape de plomb sur l'URSS. Andreï Tarkovski adaptera d'ailleurs pour le cinéma cette étrange et poétique histoire de Terriens pillant la zone d'atterrissage abandonnée par de mystérieux visiteurs extra-terrestres, et qui ont laissés derrières divers objets aux propriétés inconnues.

Un roman tout à fait étonnant, publié pour la dernière en 1994 par Présence du Futur.




12) Récits de science fiction – de J.H Rosny Aisné

medium_rosny.2.jpgContribution de Serge Lehman à cette modeste liste, Récits de science fiction est un fondement de la culture SF francophone. On connaît le nom puisqu'il l'a donné – non sans raison – à l'un des plus prestigieux prix littéraires, et on connaît l'auteur pour sa Guerre du Feu. En revanche on a un peu trop oublié que la langue lyrique de ce Belge s'est aussi employée à décrire des univers futuristes à mille lieues des standards de la SF américaine de l'époque. Axés sur la découverte de l'autre et de la différence, les nouvelles rassemblées dans ce recueil oscillent entre l'incroyablement actuel et le délicatement désuet, mais sont toujours servies par une écriture riche et généreuse. Il ne fait aucun doute que Rosny Aisné est l'un des père de la science fiction européenne il serait temps que l'on s'en souvienne.

Publié en 1975 par les éditions Marabout, cette collection de nouvelles n'est plus guère trouvable en occasion qu'à des prix rigoureusement déraisonnables.




13) Shambleau – C.L Moore

medium_moore.jpgLorsque dans les années 80 on demanda à Robert Silverberg de participer à une anthologie qui proposait à des auteurs connus de reprendre l'univers d'un autre écrivain pour en extrapoler une suite, c'est une nouvelle tirée de Shambleau qu'il choisit. C'est dire l'impact qu'eût C.L Moore dans une SF anglo-saxonne presque exclusivement dominée par les hommes. Elle qui signait de ses initiales pour ne pas effrayer les éditeurs qui ne la connaissait pas avec "Catherine Lucille". La nouvelle qui donne son titre à ce recueil mixe avec grâce le thème du vampire et l'univers du space opera, mais elle explore bien d'autres rivages au long des huit autres récits qui suivent, en faisant revisiter à son héros, Northwest Smith, certains des mythes les plus anciens de l'humanité.

Shambleau est un incontournable, régulièrement cité dans les listes de référence, mais qui est tombé dans un semi oubli en dépit d'une dernière réédition chez J'ai Lu en 1999.




14) Le Disque rayé – André Ruellan

medium_ruellan.2.jpgTrouvable, certes, mais fâcheusement oublié, Le Disque rayé est unanimement reconnu comme le meilleur roman d'un auteur singulièrement peu prolifique pour un "ancien du Fleuve". Publié en 1970 sous le pseudonyme de Kurt Steiner, ce court roman, exercice de style surréaliste et déroutant sur un accroc du temps est une expérience littéraire à tenter. La rigueur de l'écriture, sa concision mise au service d'une histoire par ailleurs totalement dénuée de repères, place André Ruellan dans la catégorie des expérimentateurs ambitieux. Très symptomatique d'une certaine vision des littératures de l'Imaginaire, une vision très française avouons-le, Le Disque Rayé fait partie de se ovnis que réservait parfois la production standarisée du Fleuve. On le retrouve dans les références d'auteurs comme Philippe Curval ou Ayerdhal.

Après bien des avatars, la dernière avérée – et première sous le nom de Ruellan - date de 1997 au Livre de Poche.





15) L'arc en ciel de la gravité - Thomas Pynchon

medium_pynchon.2.jpgPynchon est un auteur généralement publié en blanche, et qui bénéficie d'une aura cultuelle du fait de la dévotion que lui réservaient des piliers du cyberpunks tels que Sterling, Gibson ou Rucker. Son univers, tout entier basé sur la déconstruction des grands mythes du monde moderne, donne naissance à une fiction qui oscille entre le décalé et la satire. Un mélange qui rappelle Vonnegut. Si on trouve très facilement Vente à la criée du lot 49, Vineland ou ses ouvrages les plus récents, L'arc en ciel de la gravité est rigoureusement introuvable. Edité en 1988 au Seuil dans la collection Fiction et Cie, il est devenu le St Graal de certains de ses adorateurs. Il faut dire que l'on parle ici de ce qui est certainement son roman le plus ambitieux. Un collage de bouts de vies qui s'entremêlent dans un lacis d'intrigues presque inextricable. Une structure éclatée qui n'est pas sans évoquer Les Faux-monnayeurs de Gide. Mais comme toujours chez Pynchon, on tend vers le définitif. Vers l'apocalyptique. L'homme n'a pas, il est vrai, une image très reluisante de ses semblables.

Chercheurs et adorateurs... Bon courage à vous !



Archives

medium_EricH copie.png




Publié par GonzoBonzo à 10:19:20 dans Science fiction | Commentaires (3) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| >>

Tous les derniers titres