Depuis le 31-05-2006 :
90264 visiteurs
Depuis le début du mois :
2299 visiteurs
Billets :
29 billets

Publié par GonzoBonzo à 12:33:14 dans Cogito ergo blabla | Commentaires (3) | Permaliens
Publié par GonzoBonzo à 10:39:58 dans Livres | Commentaires (1) | Permaliens

Lorsqu'arrive presque l'heure de nous quitter, nous sommes en train de parler fandom, et Maurice (puisque dans le feu roulant de l'argumentation il en est venu au "tu", autant s'appeler par nos prénoms maintenant), Maurice donc me dit qu'il ne comprend pas bien pourquoi le petit landernau de la SF le snobe tant. "Certes, me dit-il, Villa Vortex ou Les Racines du mal sont un peu trop périphériques au genre, mais Cosmos Inc. et plus encore Grande Jonction, sont indéniablement de la science fiction". Or chaque fois qu'il tombe sur une chronique dans la presse spécialisée, il est frappé de voir à quel point on lui fait mauvais accueil. On l'accuse de s'être exilé dans un paradis fiscal ("ceux qui disent ça n'ont jamais mis les pieds au Québec" ajoute-t-il en rigolant), mais on ne parle jamais de son oeuvre. Ou en tout cas, rarement de manière pertinente. Moi, j'en suis rendu à me pelotonner discrètement sur mon coin de table pour me réchauffer. C'est idiot, mais je n'ai pas osé lui demander de remonter la clim'. J'ai froid, mais la question mérite pourtant qu'on s'y attarde.
Publié par GonzoBonzo à 11:38:14 dans Articles | Commentaires (2) | Permaliens

Cette dichotomie dans la perception de la violence s'explique largement par l'illusion de civilisation dont elle s'affuble dès lors qu'elle franchit les limites des quartiers des affaires. Mais ce n'est pas la seule transformation qu'elle ait alors à subir. Car cette glorification du guerrier dans le cadre policé de l'entreprise, débouche sur un paradoxe dangereux.
La subir au quotidien conduit à une résignation malsaine, où finalement personne - ni employés, ni patrons - ne va trouver son compte. Cette violence réfrénée, ce passage à tabac de la dignité humaine qui se pratique à coup de chaussettes remplies de sable, ne laisse en apparence pas plus d'ecchymoses qu'elle ne laisse de choix. Être chair à canon ou sniper, fantassin ou commando, bref garder son éthique et être sacrifiable ou au contraire l'abdiquer et devenir une machine pour cette guerre sans autre cause qu'une course éperdue aux profits. C'est à dire une guerre de survie. Une guerre d'expansion en somme, mais qui se conduit de l'intérieur, et contre un ennemi désincarné, dont l'omniprésente menace fait planer sur tous un stress mortifère qui ne se résoudra que dans une violence inutile. Cela ne laisse au salarié pour seule solution de repli qu'une défensive résignée. Puisque cette inutile violence se redistribue en interne, on s'interdit tout esprit de corps, et chaque individu n'œuvrera par conséquent qu'à sa propre survie, et exclusivement à elle. Et si on lui demande de se battre, il ne le fera pas pour l'entreprise, par pour le marché, pas pour la hiérarchie. Non ! Il le fera pour garder sa place. Retour de flamme insolite - mais logique - de cette passion guerrière du monde du management : l'esprit mercenaire.
Ils ne sont pas les seuls, mais il est vrai que beaucoup d'entrepreneurs de la Silicon Valley sont très au fait des pensées contre-culturelles et alternatives, qui sont très tôt venues à la rencontre des nouvelles technologies. Evidemment, le management à l'américaine s'assure au final que cette apparente bonhommie reste rentable, voire très rentable. Mais il est frappant de constater que lorsqu'il touche nos côtes ce même "management à l'américaine" est débarrassé de tout ce qu'il peut avoir d'intéressant et de novateur, pour ne conserver que ces aspects les plus désagréablement dépassés, et s'inscrire dans cette vieille tradition d'exploitation du libéralisme le plus sauvage. Pire encore, cette spirale de la morosité, qui débouche sur une gestion suicidaire de l'humain en entreprise, et aboutit, en fin de compte à un constat d'échec, c'est sur les épaules des salariés qu'on va la faire reposer toute entière. "Les gens ne veulent plus travailler !", refrain connu entonné régulièrement par le MEDEF, qui en retour propose d'y remédier par une discipline de fer et le retour de la trique.
Publié par GonzoBonzo à 00:22:50 dans Cogito ergo blabla | Commentaires (0) | Permaliens
Parce qu'il est un auteur à multiples facettes, J.G Ballard est réputé difficile. Donc respectable. C'est-à-dire digne d'échapper à l'infâmante estampille science fiction qu'il n'a pourtant jamais reniée. Voilà ce qui a sans doute motivé cette vilaine réédition dans une collection fourre-tout de chez Denoël : Des Heures Durant. Une voie de dégagement qui abrite des auteurs aussi différents et inclassables qu'Antoine Volodine, Bruno Schultz ou Malcolm Lowry, et à qui on a, soit voulu épargner une étiquette de genre, soit été infoutu d'en trouver une. Photo granuleuse, barrée d'un "ballard" tout en minuscules oranges pour faire mode, et en dessous duquel s'alignent, en mesquines capitales blanches, les titres des romans de la trilogie. Ajoutons-y une quatrième de couv' en ton sur ton de gris tout à fait hideux, et pour terminer, un papier de si piètre qualité qu'il en rend la tenue du bouquin inconfortable et malaisée. Le tout pour 25 euros. La passion pour l'auteur devra donc être la plus forte.
Et ce n'est pas mon cas.
Intéressant dans la thématique, mais moins dominé que Crash dans l'écriture, L'île de béton poursuit la métaphore sexuelle, mais de manière plus symbolique que pornographique. Comme la littérature de Ballard est avant tout cérébrale, il ne fait aucun doute que dans son esprit, le long triangle de cette île herbue est d'abord un pubis que Maitland va devoir conquérir, puis un vagin qu'il pénétrera, lorsqu'il en découvrira les habitants souterrains, et enfin une matrice dont il devra renaître. Ballard est un grand admirateur de Dali et l'imagerie du peintre catalan se retrouve dans la géographie de ce bout de terrain oublié par le monde en marche. En l'arpentant Maitland y découvre les vestiges de vies enterrées qui témoignent du passé du lieu. Mais c'est du sien dont il va devoir apprendre à faire le deuil. Précipité hors du temps par le modernisme, il va devoir laisser mourir l'homme civilisé, pour apprendre à survivre aujourd'hui, mais aussi demain. Un message étrangement flou, brouillé encore par l'apparition de Proctor et Jane, les deux autres occupants de "l'île". Commencé comme une introspection dangereuse, L'Île de béton évolue vers un vaudeville détraqué, où le traditionnel triangle amoureux se redistribue dans une exploitation de l'un par l'autre. Finalement, le bourgeois reste le dictateur ordinaire, alors que les pauvres abdiquent facilement leur libre arbitre. Etrangement frustrant.
I.G.H pour Immeuble de Grande Hauteur clôt cette trilogie, et est certainement le plus faible des trois romans. Les milles habitants d'une immense tour de quarante étages - projet grandiose du modernisme conquérant vont peu à peu sombrer dans la folie barbare, et les différents niveaux de l'immeuble vont se transformer en théâtre d'une guerre de classes confidentielle, mais d'une rare violence.
En choisissant de s'ancrer plus fortement dans le réel que pour ses deux premiers opus, Ballard fragilise son propos, au point même de frôler de justesse l'invalidation. Bien que se donnant un vernis de crédibilité sociologique, il choisit de ne pas décrire d'incident déclencheur franc pour initier cette dérive sauvage. Et voulant ainsi plaider la cause du naturel, il entre presque dans le surnaturel. Alors qu'on sent que tout son effort se porte sur la démonstration que cette bestialité est inhérente à la nature humaine, il ne parvient qu'à personnifier sa tour, au point presque d'en faire une entité qui distillerait chez ses occupants les germes de la folie. Un grand écart malencontreux, qui laisse le lecteur perplexe. D'autant plus perplexe que sa "prophétie" s'est largement invalidée depuis. On sait maintenant que c'est moins la vie dans des cages à poules que la ghettoïsation des grands ensembles qui est source d'aliénation.
A bien des égards La Trilogie de béton est une œuvre importante dans la carrière de Ballard, parce que c'est sa première tentative aboutie d'une science fiction tournée vers l'humain. Cette SF qu'il appelait de ses vœux dès 1962 dans les colonnes de New Worlds, et qu'il s'est finalement résolu à écrire lui-même, comme il l'avait promis. Il n'appartient, évidemment pas, à ce genre de chronique de dire de tels romans s'ils sont bons, ou pas. Mais elle se doit en revanche de mesurer le temps écoulé depuis leurs parutions. Et force est de constater que ces visions d'un futur gris béton se sont teintées depuis d'une esthétique de pattes d'eph' en tergal et de sous-pulls en acrylique.
Alors qu'il ne professe pas une misanthropie à tout crin, il est pourtant évident que Ballard n'a pas de ses semblables une vision bien reluisante. L'homme est, non pas mauvais, mais un animal grégaire, dénaturé par ses rapports à la modernité. Son repli sur le matérialisme a désintégré les fondements de sa sociabilité, à savoir sa capacité de compassion, de solidarité et d'amour. Mais la démonstration manque de force parce qu'il généralise en partant de cette petite bourgeoisie sur-éduquée qu'il connaît bien, puisqu'il en fait partie. Son monde tout entier semble fait de riches médecins, d'écrivains, de producteurs de télévision, de professions libérales, bref d'autant d'acteurs minimaux de la réalité sociale.
Publié par GonzoBonzo à 23:00:08 dans Livres | Commentaires (0) | Permaliens
| Di | Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 |
Commentaire