Depuis le 31-05-2006 :
88550 visiteurs
Depuis le début du mois :
585 visiteurs
Billets :
29 billets
Smile c'était un fantasme, c'est maintenant une épopée. Mieux, une odyssée. Littéralement. Trente-sept ans pour enfin voir le jour. Presque le temps pour Ulysse de revenir deux fois à Ithaque. Et s'ils furent plus intérieurs, les tourments que Brian Wilson eût à traverser n'en furent pas moins sombres.
Seul à son piano, qu'il a planté dans un bac à sable au milieu de son salon, il tente de retranscrire des mélodies que lui seul entend. Compositeur lumineux, arrangeur obsessionnel, il écrit des micro-symphonies de quelques dizaines de secondes qu'il agence avec une science de l'alchimie unique. Une science qu'il a dénommée "musique modulaire". Ses morceaux naissent ainsi, comme autant de puzzles impossibles, truffés jusqu'à la dernière seconde de leurs trois minutes réglementaires de trouvailles philosophales.
Tiraillé entre la cohésion de cette cellule familiale dont il a désespérément besoin et l'album qu'il aspire à faire, Brian va s'enliser. Le syndrome est bien connu : il veut trop en mettre (comme moi avec cette putain de chronique que je suis en train de réécrire pour la cinquième fois). Changeant d'avis tous les jours quant aux arrangements des morceaux, il est incapable d'en finaliser un seul. Bourré d'acide, il passe de la dépression la plus noire à des vagues d'euphories qui, ni l'une ni l'autre, ne peuvent lui être d'un grand secours. La sortie de l'album, qui devait d'abord s'appeler Dumb Angel avant de devenir Smile, est retardée une première fois en décembre 66. Brian s'englue dans la paranoïa, a besoin d'être sans cesse rassuré, se mazoute dans un mysticisme de plage, est persuadé que Phil Spector veut lui arracher le secret de Smile et qu'il le fait suivre. Le délire culmine lors de la séance d'enregistrement de Mrs O'Leary's Cow, sous-titrée Fire, l'un des morceaux dédié aux éléments qui doit conclure l'album. En cabine tous arborent des casques de pompiers en plastique achetés dans un magasin de jouets. Ce jour là, une vague d'incendies ravage Los Angeles et un entrepôt voisin des studios Sunset Sound prend feu. Convaincu que les mauvaises vibrations dégagées par Fire sont la cause du sinistre, Brian Wilson essaie de brûler les bandes.
Sorties des bandes masters survivantes, sont nées au cours des décennies suivantes des dizaines de versions pirates, toutes labellisées "vraie version originalement authentique de l'album promis juré craché les autres versions c'est tout rien que de la merde". C'est même devenu une sorte de jeu pour les fans d'élaborer son Smile. Le puzzle de la mort en 12 000 pièces. Personne de toute façon n'est là pour les contredire puisque Brian Wilson s'est enfoncé dans la folie. Trop de bulles d'acide sont restées coincées dans ses synapses (du moins celles qu'il lui restent). Couché dans son lit à se défoncer aux calmants en boulottant des pots de crèmes glacées il s'est transformé en un barnum fleuri de 150 kilos, jusqu'à ce que le Dr Eugène Landy, sorte de gourou-psy vaguement escroc très californien au fond ne finisse contre toute attente à lui faire remonter la pente. Doucement. Tout doucement.
Bien malin celui qui pourrait affirmer que la présente résultante est bien conforme à ce que Brian Wilson avait en tête en 1967. Qu'a-t-il bien pu surnager dans le brouet de neurones liquéfiés qu'était devenu son cerveau ? Qu'a laissé la reconstruction opérée par Landy, qui a tiré la chasse sur vingt ans de névroses et a remis en place, après filtrage, tout ce qui tenait encore vaguement debout.
Archives - Septembre 2004

Publié par GonzoBonzo à 17:52:47 dans Musique | Commentaires (3) | Permaliens
C'est finalement assez logique qu'un beau pays bien policé et un peu chiant comme la Suède n'inspire que des groupes qui castagnent. Clawfinger, Hellacopters, The (International) Noise Consipracy, Entombed. Pas de chiqué, pas de postures, que du taquet, du "à burnes" avec l'aiguille du Vumètre collée dans le rouge. Scandinaves ils sont, ce qui, pour un D.A de major pourrait tout aussi bien vouloir dire Martiens. C'est ce qui nous les met irrémédiablement à distance du business du disque. Donc tout seuls, dans leur petit coin, ils font leur vie. Ils montent au charbon, s'assument, et envoient la purée assidûment. Ils ont l'attitude, le talent, et l'envie. Donc ça marche.
Evidemment un tapage pareil ça vous réveille même le moins doué des cochons truffiers. La grosse machine à vendre de la musique a donc fini par pointer le bout du groin, ce qui explique que de galères juridiques en rachat de contrat, il nous aura fallu quatre ans avant d'avoir droit au successeur de Veni, Vidi, Vicious, et logiquement, sur une major. Entre-temps les gars ont continué de faire ce qu'ils ont toujours fait : ils ont bouffé de la planche. Tournées, concerts, bœufs. Ils n'ont pas perdu la main.
Lorsque Duran Duran ressuscite fâcheusement, on a le droit de parler de retour de la muzak à moumoute (et l'obligation morale de le déplorer), mais franchement, peut-on rêver plus conne assertion que cet hypothétique retour du rock à guitares.

Publié par GonzoBonzo à 15:17:07 dans Musique | Commentaires (0) | Permaliens
1|
| Di | Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 |
Commentaire